
| Le XIXème est le siècle de tous les bouleversements. Vingt ans après l'ouverture du Canal Saint-Martin, est inauguré en 1846 l'embarcadère du chemin de fer du Nord, destiné à desservir les grandes régions industrielles du Nord de la France. Situé sur les anciens terrains du clos Saint-Lazare, couvrant trois hectares mais vite jugée trop exigu, il est démonté onze ans plus tard. Pierre par pierre, la façade de cette première gare du Nord sera méticuleusement remontée... à Lille. Les travaux de reconstruction de la seconde et actuelle gare du Nord sont achevés en 1865 sous la direction de l'architecte Hittorff à qui l'on doit également l'église Saint-Vincent de Paul. Une querelle opposant Hittorff au préfet Haussmann ne permettra pas de trouver pour la Gare du Nord la même harmonie et la même perspective que pour la Gare de l'Est, située à quelques centaines de mètres de sa cons½ur. L'embarcadère du chemin de fer de l'Est (communément appelé alors "embarcadère de Strasbourg") date de 1849. C'est la plus ancienne des grandes gares parisiennes actuelles. Elle est édifiée sur les terres de l'ancien clos Saint-Laurent. Construite à partir des plans de l'architecte Duquesney, elle servira de modèle à de nombreuses gares françaises. Contrairement aux chemins de fer du Nord, à vocation industrielle et financés par la compagnie du Baron de Rotschild, la gare de l'Est est une réalisation de l'État. La ligne du chemin de fer de l'Est a en effet une vocation stratégique et défensive, essentielle en cas de mobilisation des troupes. Les guerres de 1870, 1914 et 1940 en seront la triste démonstration. La construction de ces deux gares modifie considérablement la physionomie du 10e qui devient alors l'arrondissement du négoce, des échanges et de la circulation. La desserte des gares entraîne le percement de nombreuses voies, notamment le boulevard de Strasbourg et le boulevard de Magenta. Les quartiers y perdent de leur quiétude. De grandes manufactures de cristallerie et de porcelaines s'installent rue de Paradis, alors que les fourreurs fleurissent dans le sud de l'arrondissement. Avec la venue des industries et le départ des populations aisées vers le c½ur de Paris, le 10e devient plus populaire. L'essor des théâtres, des cabarets et des grands cafés donnent à l'arrondissement un nouveau visage. |